Conversation féminine avec Ghaëlle.

Bonjour Ghaëlle !

 

  1. Pourrais-tu te présenter en quelques mots à mes lectrices ?

Bonjour Marina,

Oui, je m’appelle Ghaëlle Girondin, j’ai 33 ans.   Je suis mariée depuis 6 ans maintenant.

Dans la vie, je suis coach beauté.  Je propose des prestations esthétiques aux femmes ainsi que des accompagnements / ateliers collectifs et individuels pour aider ces dernières à retrouver confiance en elle.

Je suis également fondatrice et présidente  de l’association “FEMME FIERTILE”. Cette association a pour vocation de soutenir toutes les femmes en difficulté et celles souffrant d’Endométriose.

Nous nous sommes appelées FEMME FIERTILE car nous souhaitons que chaque femme , et cela peut importe son histoire comprenne qu’elle est en capacité de produire de bonnes choses si elle le croit et le veut.

Elle doit être FIÈRE de ce qu’elle est et comprendre que sa terre est FERTILE. Il s’agit ainsi d’une promesse positive.

 

2.En quoi crois-tu dans la vie en générale ? Qu’est-ce qui t’inspire au quotidien ?

De manière générale, je crois en la VIE, en l’AMOUR, et en DIEU.

Ce qui m’inspire le plus au quotidien c’est ma Foi. Disons que c’est l’élément déclencheur de toutes choses.

 

3.Je sais que tu organises régulièrement des ateliers pour parler de l’Endométriose. Peux-tu nous expliquer ce que c’est exactement l’Endométriose ? 

 

Tout à fait. L’Endométriose est une maladie chronique gynécologique qui touche 1 femme sur 10, en âge de procréer.

L’endomètre est le tissu qui tapisse l’utérus. Sous l’effet des hormones (œstrogènes), au cours du cycle, l’endomètre s’épaissit en vue d’une potentielle grossesse, et s’il n’y a pas fécondation, il se désagrège et saigne. Ce sont les règles. Chez la femme qui a de l’Endométriose des cellules vont remonter et migrer via les trompes. Le tissu semblable au tissu endométrial qui se développe hors de l’utérus provoque alors des lésions, des adhérences et des kystes ovariens, (endométriomes) dans les organes colonisés. Cette colonisation, si elle a principalement lieu sur les organes génitaux et le péritoine peut fréquemment s’étendre aux appareils urinaire, digestif, et plus rarement pulmonaire.

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4. Quel est le but précis de ses ateliers ?

Ces ateliers ont pour objectif principal de sortir la femme atteinte d’Endométriose de l’isolement.

De lui permettre de se retrouver avec d’autres femmes qui souffrent de la même pathologie, pour échanger, s’encourager, partager, se réconforter, mais aussi d’en parler aux autres (Sensibilisation).

Mais également de lui permettre, d’être entourée de professionnels compétents, qui connaissent la maladie ; Je précise cela car tous les médecins ne sont pas capables de diagnostiquer et de traiter l’Endometriose.

C’est une maladie qui est assez complexe et qui touche la femme dans toute sa globalité.

Partager avec d’autres femmes qui vivent la même situation permet de déculpabiliser, de se sentir comprise, d’évacuer le stress, la colère et la peur.

C’est donc pour toutes ces raisons que nous faisons ces ateliers et groupes de paroles.

5. Quand, et comment as-tu su que tu en souffrais ? 

C’est un an après mon mariage que j’ai su que j’avais cette maladie.  J’ai toujours eu des douleurs à n’importe quel moment de mon cycle, mais j’ai toujours pensé que c’était normal.

Après mon mariage, j’avais choisi la pilule comme moyen de contraception.

Le premier jour de ma prise, j’ai commencé à ressentir des douleurs atroces qui m’empêchaient de marcher, de dormir et de m’asseoir. J’ai directement contacté ma gynécologue pour savoir si c’était normal, elle m’a rassuré et conseillé de prendre un anti-douleur. J’étais tout de même dubitative et j’ai insisté pour être reçue en rendez-vous. Il s’est avéré que j’avais des kystes et qu’un IRM était nécessaire pour en déterminer l’origine.

Ma gynécologue n’avait tout de même pas hésité à me faire part de ses suspicions concernant l’Endométriose.

Mon IRM va finalement confirmer les suspicions de ma gynécologue.

6. Quel impact l’Endométriose a-t-elle dans ta vie de femme et d’épouse ?

Lorsque j’ai su que j’avais l’Endométriose, ma vie a clairement basculé. Je me suis sentie trahie par mon corps. J’ai développé beaucoup de sentiments négatifs vis à vis de moi. J’avais honte et j’avais l’impression d’être une bonne à rien.

J’ai commencé aussi à avoir peur de l’avenir et à me dévaloriser.

Cette maladie, comme je le dis souvent,  touche toute ta féminité. Tu es totalement déboussolée et perdue.

En plus des pensées négatives, et des douleurs quotidiennes, des crises, je devais aussi gérer les effets secondaires des médicaments.

Je m’étais  renfermée sur moi même, je ne parlais plus avec mon mari.

Je n’en parlais pas avec mon entourage.  Je souffrais en silence.

Les traitements étaient tellement fort que je suis passée par des phases de dépression et j’avais beaucoup d’idées noires.

De plus, j’étais extrêmement fatiguée et je n’arrivais plus à travailler.  Je songeais à me mettre à mi-temps thérapeutique et à faire un dossier à la Maison Départementale des personnes handicapées.

Ma vie de femme en a pris un coup, je me sentais comme une moitié femme, une moitié d’épouse.

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Puis, ma foi, a pris le dessus. J’ai décidé de me battre.

J’ai pu compter sur le soutien de ma meilleure amie et de mon mari. Ils m’ont aidé à évacuer, à mettre des mots sur mes maux.  C’est à partir de ce moment que J’ai décidé de faire tout ce qu’il fallait pour vivre “normalement” avec le moins de douleur possible.

Et c’est également à cet instant que ma vie de femme a pris un autre sens.

Je me suis posée sur ce mot” Femme” et j’ai décidé de lui donner un sens, le sens que je voulais.

“Je suis, ce que je veux être”

J’ai pris la pris le ferme décision de m’imprégner, uniquement, de pensées positives. J’ai également repris possession de mon corps en pratiquant du sport. J’ai appris à prendre soin de moi et à me valoriser.  Je me suis construite une nouvelle routine de vie.  Les douleurs sont toujours présentes, mais j’ai appris à les accepter et à faire différemment.

Croquer ma vie de femme à pleine dent est devenue mon leitmotiv.

J’ai dû avec le temps me détacher de l’image de l’épouse que j’avais en tête, pour me construire la mienne. J’ai appris à cultiver ma singularité.

 

7. Comment gères-tu la pression de l’entourage sur le sujet de la maternité ?

Je gère comme je peux on va dire (rire).

J’ai rapidement compris qu’il fallait que je me détacher de toutes les ondes “négatives” (pensées, propos, discussions,…) et cela peut importe d’où elles venaient.

Si on m’avait donné le choix, je pense que j’aurais déjà eu plusieurs enfants aujourd’hui, sauf que ce n’est pas le cas.

Ce n’est pas une situation que j’ai choisi et de ce fait je refuse de la subir.

Je suis énormément stigmatisée dans ma famille par rapport à cela. Dans les familles africaines, l’infertilité est une honte, comme si la valeur de la femme se limitait à sa capacité à pouvoir enfanter ou pas.

J’ai eu quelques accrochages avec ma mère qui ne supporte pas ma situation. Elle a décidé, de prendre ses distances avec moi.

Je ne vais pas vous mentir, cela a été dur au début. J’ai dû faire un choix : celui de me concentrer sur l’essentiel et non sur toutes ses personnes négatives. Je m’entoure désormais uniquement des personnes qui sont prêtes et disponibles pour me soutenir et m’accompagner dans ce combat.

Je peux dire, aujourd’hui, que ma valeur ne se limite pas à ma capacité à enfanter. Cela serait beaucoup trop réducteur.

Comme je le disais précédemment, je suis moi, unique, avec un chemin différent d’une autre et c’est pas pour autant que le mien est mauvais.

Ceux qui ne peuvent pas comprendre cela, eh bien ! Je dirais que c’est dommage pour eux.

J’avance sans me soucier de ce qui peut être dit sur moi, je pense que ce n’est pas le plus important.

Mine de rien, ce genre d’épreuves te forcent quelque part à t’affirmer et à prendre position.

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8. L’une des choses qui m’a le plus marqué lors de notre rencontre, c’est ta joie de vivre et ton message positif à l’égard des femmes, je suis curieuse et je pense que mes lectrices aussi de savoir comment tu fais ? Où puises-tu ta force ?

((Grand sourire) , dans ma foi, qui me pousse à investir en moi. Toutes ces épreuves ont développé ma combativité, ma persévérance, ma patience et mon Amour.

J’ai beaucoup d’Amour à donner, je lutte contre la stigmatisation, je souhaite que toutes les femmes comprennent qu’elles ont de la valeur et cela peut importe par quoi elles passent.

Les épreuves nous forgent et passer par des difficultés ne veut pas dire que l’on passe par le mauvais chemin. J’ai mis beaucoup de temps à comprendre cela.

J’ai longtemps été brimé que ce soit dans mon enfance, adolescence et en rentrant dans l’âge adulte et j’ai souhaité que les choses changent.

Mon parcours n’est peut être pas celui de mes copines, de mes cousines mais ça ne veut pas dire qu’il est mauvais. Il est différent et il m’est propre. Il est tout aussi bien qu’un autre. Alors j’investis, j’investis du temps pour moi, je fais les choses que j’aime, je vis ma vie à fond. Je profite de chaque chose.

Et surtout je refuse que les difficultés me retirent ma joie de vivre.  Je veux profiter de chaque chose parce qu’au delà des difficultés par lesquelles on passe, j’en vaux la peine.

Et il faut aussi dire que je suis bien entouré, il y a beaucoup de personnes bienveillantes autour de moi. Je suis une femme bénie et je veux en faire profiter toutes les femmes que je rencontre. Je veux être un soutien pour elles, comme mon entourage l’a été pour moi.

9. L’actrice américaine Gabrielle Union, qui a longtemps lutté avec des problèmes de fertilité et qui a pu devenir maman grâce à une mère porteuse a dit ceci, lors d’une interview :  « Tu ne te sens pas complètement femme quand tu ne peux pas porter la vie, ce que toutes les femmes ont le droit d’être : une mère. »

Qu’est-ce que tu en penses ?

Ce qu’elle dit me touche énormément et me rappellent toutes ces pensées que j’entretenais lorsque j’ai su que j’étais atteinte d’Endométriose et que j’ai compris que j’aurais probablement des problèmes pour enfanter.

L’acte le plus important qu’une femme puisse accomplir, à savoir donner la vie, m’avait été retiré.

Et j’ai longtemps entendu cette phrase qui dit :” Une femme devient réellement une femme lorsqu’elle enfante”.

Suite à cela, je me suis sans cesse interrogée sur mon avenir et si je méritait ma place de femme dans la société.

Néanmoins, je peux dire que je suis totalement contre la phrase de Gabrielle Union, je la trouve réductrice et surtout emprunt de tristesse.

Ma valeur de femme ne se définit pas au fait que je puisse porter la vie ou non. Je suis une femme différente d’une autre mais je suis une femme.

Je pense que le sens que l’on donne aux mots est très important, je suis celle que je suis, à savoir une femme pleine de vie, joyeuse et aimante.

Les combats que je mène ne me définissent pas, mais ils me “permettent” d’aiguiser voire d’affûter mon caractère, d’apprendre sur la vie, de grandir et de devenir une meilleure version de moi.

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10. Quel message aurais-tu pour les femmes souffrant également de cette maladie ?

Je leur dirais :” C’est le moment de s’aimer les filles”.

La maladie remet en question notre féminité mais elle ne nous définit pas.

Battez-vous, parce que vous en valez la peine.

Vous êtes avant tout des Femmes, qui certes souffrent d’Endométriose, mais vous êtes des femmes.

Le parcours pour trouver son propre équilibre est certes long et pénible, cependant il n’est pas impossible.

N’hésitez pas à tester autant la médecine allopathique que la médecine douce, vous pourriez être surprise.

Je leur conseillerais aussi d’en parler avec des personnes proches, bienveillantes et surtout empathiques.

Entourez-vous de personnes positives.

Prenez le temps d’évacuer au maximum le stress, la pression, la peur et les pleurs.

N’oubliez pas de prendre soin de votre personne extérieure et intérieure.

Tous les jours ne seront pas roses, il y aura des pleurs, de la douleur, de la colère et aussi de la peur. Mais n’oubliez pas que tout cela est normal.

N’entretenez pas tous ces sentiments négatifs, refusez-les et remplacez-les par des pensées positives.

Ecoutez vous, et écoutez vos corps.

Peu importe par quoi vous passez, vous avez de la valeur.

Ne laissez personne vous dire le contraire.

 

Propos recueillis par Marinette.

 

Pour en savoir plus sur Ghaëlle, vous pouvez consulter son blog.